A l’heure d’Internet et de l’automatisation, le monde du travail change chaque jour. Il est bon de se demander si le modèle actuel est toujours pertinent.
J’ai lu un article relatant les propos de Bill Davidow, un ancien cadre dirigeant d’Intel. Il affirme qu’Internet n’est pas créateur d’emplois. Certes, il faut des développeurs et d’autres compétences mais, globalement, on assiste plutôt à une diminution de l’emploi. Pour lui, l’efficacité d’Internet génère des sociétés riches mais avec un besoin de travailleurs moindre. Il conseille donc de se pencher sur de nouvelles politiques pour corriger le tir.

Je ne vais pas chercher à lui donner raison ou tort. Je n’ai d’ailleurs pas les données nécessaires pour cela. En revanche, son analyse me semble pertinente au premier abord. Je travaille dans le domaine du web depuis des années et je trouve intéressant de réfléchir à cette évolution. Celle-ci n’est pas vraiment surprenante. On est capable d’automatiser de plus en plus de tâches, qu’elles soient manuelles ou intellectuelles. On annonce même que d’ici 10 ou 15 ans, 25% seront automatisables. Doit-on s’en inquiéter ? J’imagine que lorsque son secteur d’activité est touché par cette automatisation, quelques sueurs froides doivent couler. Il faut se poser une question très claire : souhaite-t-on poursuivre l’innovation technologique ou non ? Si la réponse est oui, alors le processus continuera. Il me parait d’ailleurs difficile de stopper cet élan, un fondement de l’être humain. Nous inventons et nous innovons depuis l’éternité, des premiers outils à la voiture autonome. J’ai l’impression que le problème se situe plutôt au niveau de notre société. Les indicateurs de performance que l’on utilise sont-ils toujours d’actualité ? Si la réussite est mesurée en fonction du taux de croissance (dans un monde fini), au nombre de chômeurs (alors qu’on a moins besoin de travailleurs), n’est-on pas dans l’erreur ? Je ne suis pas économiste et ce point de vue est simplement celui d’un citoyen curieux qui observe le monde qui l’entoure. J’ai simplement l’impression que l’on pousse au changement d’un côté (et je trouve cela très bénéfique) mais que de l’autre, on souhaite conserver le fonctionnement de notre société sans rien toucher. Est-ce bien raisonnable ?

Dans les décennies à venir, c’est probablement tout le modèle de notre société qui devra être repensé. Carlos Slim, considéré comme la seconde fortune mondiale, a déclaré lors d’une conférence d’affaires qu’il faudrait travailler davantage d’années mais moins. Il parle de 11 heures par jour, 3 jours par semaine. Je ne sais pas s’il a raison mais mener ce genre de réflexion est tout à fait pertinent. De plus, si des robots remplacent le travail manuel et les algorithmes le travail intellectuel, il va bien falloir changer quelque chose ! Pour l’instant, j’ai l’impression que le problème est caché sous le tapis mais plus les années passent et plus le tapis gonfle. Le travail est tellement important socialement, qu’on envisage difficilement ces remises en question. Difficile de dire qu’elle sera la meilleure solution mais il est nécessaire d’expérimenter de nouvelles façons de travailler, de nouveaux modèles économiques et de partager les résultats obtenus. Rien de plus facile que d’échanger des données aujourd’hui. Alors profitons-en !

Tous les métiers sont amenés à subir de grands changements, même ceux du web. Dans notre domaine, la vague est encore plus forte et plus rapide et nous devons nous adapter sans cesse. Il faut donc modifier son état d’esprit en essayant d’avoir un coup d’avance tout en sachant que demain, il faudra peut-être tout remettre en cause. C’est compliqué mais finalement plutôt stimulant. Les secteurs plus traditionnels ont davantage de mal à comprendre cette mutation et à l’accepter et je peux tout à fait le concevoir. Sortir de sa zone de confort est relativement difficile. Nous vivons une transition économique forte où la croissance ne devrait plus être la valeur de référence de mon point de vue. C’est pourtant un des piliers de notre modèle, il est donc extrêmement difficile d’accepter de partir sur de nouvelles bases. Je me demande vraiment comment va évoluer la situation dans les années à venir. J’espère que nous parviendrons à vivre une transition sans douleur. Si les institutions offraient la souplesse nécessaire pour adapter leur fonctionnement aussi vite que la société change, la transition serait grandement facilitée. Il faut y croire et nous devons essayer de faire passer ce message à nos dirigeants. L’agilité d’une startup dans le monde institutionnel : le rêve.

L’humanité n’est peut-être plus destinée à travailler ou plutôt, à travailler différemment. La rémunération liée à nos activités sera probablement différente. Doit-on donner une « valeur marchande » au bénévolat ou aux actes utiles à la société par exemple ? D’autres ont envisagé la taxation des machines équivalente à celle du salaire d’un humain pour une transition plus douce. L’argent ainsi généré pourrait être redistribué sous forme d’allocations par exemple.
Pour que cette nouvelle structure fonctionne, il faudrait aussi cesser cette course à la croissance pour une consommation plus raisonnée, en adéquation avec l’écologie. Nous n’aurons d’ailleurs bientôt plus le choix, les ressources s’épuisant sans parler de l’état de notre planète. Par ailleurs, nous n’avons pas besoin d’un recul technologique pour y parvenir, c’est même le contraire. La technologie peut nous aider à construire un monde plus intelligent. Penser bénéfice à court terme en passant la patate chaude aux générations futures a fonctionné un certain temps mais notre génération doit prendre les choses en main. Nous devons continuer à innover tout en prenant en compte les répercutions écologiques et sociétales de ce que nous créons. En revanche, nous devons encourager l’entrepreneuriat et toutes les initiatives positives. Les solutions viendront certainement de jeunes pousses, de personnalités n’ayant pas peur du changement et prêtes à repousser leur zone de confort toujours plus loin. C’est en réfléchissant tous ensemble que nous parviendrons à inventer le monde de demain. C’est d’ailleurs la force de l’humanité : être capable d’unir nos forces.