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Thèmes et CMS sous licence GPL

Suite à mon article sur les CMS sous licence GPL et les plugins associés, j'ai décidé d'écrire un équivalent concernant les thèmes graphiques.

Un thème pour un CMS sous licence GPL doit-il forcément être redistribué sous licence GPL ?

Les thèmes de nombreux CMS font appel au code du moteur applicatif. Dans ce cas, la réponse est rapidement tranchée : la GPL l'emporte et le thème doit être sous licence GPL ou compatible (le code du thème, pas les éléments graphiques qui doivent pouvoir être dissociés j'imagine).

Le cas de Thelia est particulier. Les thèmes ne font pas appel au moteur. Un métalangage permet d'écrire chacune des pages. Ce métalangage est interprété par le moteur lorsqu'on lui passe un thème à interpréter.
Le thème peut vivre dans son coin. Certe l'affichage sera statique, il ne sera pas très utile mais il ne dépend pas du CMS.

Rien ne n'empêche d'ouvrir un document au contenu propriétaire avec un traitement de texte libre. C'est une situation assez proche.

C'est un cas particulier et j'en déduis qu'un thème Thelia ne doit pas forcément être sous licence GPL. Il serait intéressant d'avoir le point de vue d'un expert en licence mais à première vue, cette déduction me semble tout à fait logique.

Plugins et CMS sous licence GPL

La question de la licence d'un plugin est assez récurrente au sein de la communauté Thelia. Cette même question se pose d'ailleurs pour les autres CMS.
Dans ce billet, je ne vais m'intéresser qu'aux CMS sous licence GPL dont Thelia fait partie.

Certains développeurs souhaiteraient simplement savoir si un plugin réalisé avec Thelia doit être GPL ou s'il peut passer sous licence propriétaire.
Cette question se pose en général lorsqu'ils souhaitent monétiser un module. En effet, un module sous licence GPL peut tout à fait être vendu mais rien empêche à l'acquéreur de le redistribuer lui-même gratuitement. Ceci explique pourquoi la vente d'un plugin GPL n'est pas forcément rentable sur le long terme.
Les développeurs de logiciels libres gagnent en général de l'argent sur du développement spécifique, de la formation, des services annexes.

Une licence propriétaire spécifique pour un plugin permettrait par exemple d'interdire la redistribution gratuite, la duplication sur plusieurs sites, etc.

Je ne traite pas ici de l'aspect éthique ni mon point de vue personnel. Il se trouve que cette demande existe.

Un plugin destiné à une solution GPL peut-il avoir une licence propriétaire ? La réponse se trouve ici.
A partir du moment où un plugin utilise du code contenu dans le CMS (inclusion, héritage, etc) ou partage des structures de données alors le module devra être sous licence GPL ou compatible.

Un plugin qui ne serait que l'appel d'un programme retournant une donnée ne serait pas soumis à une licence particulière. C'est rarement le cas surtout dans le cadre d'un CMS.

Les plugins Thelia doivent donc être sous licence GPL ou compatible. Ceci n'oblige pas de publier son travail bien entendu mais tout travail publié devra être sous licence GPL ou compatible. Il sera donc possible de réutiliser le code tant que la licence est respectée.

Les autre CMS sous licence GPL contenant la notion de plugin seront soumis aux mêmes obligations.

MAJ 07/02/13
Bien souvent, un plugin pour un CMS interagit fortement avec le moteur du CMS (appel de fonctions ou méthodes, héritage, structures de données). On est loin d'un simple script que l'on appellerait avec quelques arguments pour récupérer une donnée en retour.
Sans le moteur de base, le plugin n'est pas fonctionnel.

Bref. J'étais un libriste convaincu.

En fin d'année dernière, je vous ai parlé des limites de l'édition du logiciel libre en entreprise.

Ceux qui me connaissent bien ont probablement déjà entendu mes longs discours enflammés prônant le logiciel libre. Je suis aujourd'hui dans un état d'esprit bien différent. Je pense probablement limiter fortement mes contributions pour plusieurs raisons.

Je me souviens lorsque dix ans auparavant nous nous disions entre libristes : "les choses vont évoluer, il suffit d'éduquer le monde". Cette pensée naïve était pleine de bonne volonté mais nous vivons dans un monde où l'individualisme prime. Je ne pense pas révéler de scoop d'ailleurs :).
Les grande majorité des utilisateurs ne choisit pas un logiciel libre pour la beauté de la philosophie mais tout simplement pour ne pas payer de licence.

Si vous proposez un outil destiné à un domaine grand public, simple d'utilisation et sans verrou alors n'espérez pas en vivre grâce aux généreuses contributions financières des utilisateurs.

Après six ans à m'acharner pour la liberté de THELIA, les journées d'informations organisées, il faut se rendre à l'évidence. Mis à part quelques fidèles que je remercie chaleureusement, le libre ne l'emporte pas.
Il est donc temps de réfléchir à l'avenir et de proposer de nouveaux outils/services rentables à long terme. Bien évidemment, ils seront toujours développés dans le sens de l'utilisateur et dans un esprit bon enfant (on ne se refait pas).

Concernant THELIA, le projet n'est pas terminé bien entendu. Son évolution continue en fonction de nos besoins, des besoins des contributeurs. C'est justement le point fort du logiciel libre. Tout le monde peut contribuer s'il le souhaite. Dans le noyau dur des utilisateurs de THELIA, nous avons d'excellents contributeurs qui proposent beaucoup de code pour améliorer le produit. Il n'y a donc pas d'inquiétude de ce côté là.
En revanche, mes contributions personnelles vont diminuer car je dois me dégager du temps pour des choses plus rentables.

Un jour, les mentalités évolueront peut-être mais je ne souhaite pas me battre contre des moulins à vent.

Bref. J'étais un libriste convaincu.

Editer un logiciel libre en entreprise, les limites

D'habitude mes billets sur le libre et l'entreprise sont plutôt positifs mais celui-ci sera beaucoup plus mitigé.

THELIA fêtera bientôt ses 5 ans sous licence GPL et je souhaitais faire un bilan sur son édition et sa rentabilité au jour le jour.

Tout d'abord, en 5 ans le libre n'est finalement pas entré dans les moeurs comme je l'imaginais. Le flou artistique entre libre et open source y est probablement pour que quelque chose.

J'observe avec une certaine mélancolie plusieurs beaux projets libres français disparaître progressivement au profit de versions SaaS qui évoluent et des versions communautaires à l'abandon.

Après différents échanges par mail ou par téléphone avec des développeurs libristes, je ne suis pas vraiment étonné car je retrouve souvent la même raison : la rentabilité. Il me semble difficile, en France, de vivre d'une application libre qui ne serait pas sur un marché de niche.

Le e-commerce ou la gestion commerciale par exemple, ne sont plus un marché de niche depuis un moment déjà. Je ne vais pas revenir plus longuement sur le financement autour du libre mais comme vous le savez la rémunération se réalise sur des services complémentaires (formation, développement sur mesure, ...)

Chez Octolys, nous avons un rôle de webagency important ainsi que des activités de conseil, de développement sur mesure. Sans ces activités, nous aurions disparu depuis un moment je crois. Pour vivre de Thelia et seulement de Thelia, il serait nécessaire de le fermer en partie. C'est une possibilité que nous refusons par respect des utilisateurs fidèles depuis le début. Sinon ce serait probablement déjà fait.

Croire que les utilisateurs joueront le jeu, participeront financièrement au développement de l'outil qu'ils utilisent au quotidien est une erreur bien naive et je suis bien obligé de le constater. La majorité utilise, râle quand une fonctionnalité manque, vous téléphone pour obtenir de l'aide gratuitement et partira chez le concurrent si vos réponses ne conviennent pas. C'est ainsi. Ce tableau morose s'accentue encore plus en contexte de crise et je comprends aujourd'hui pourquoi certains finissent par "lâcher" la communauté pour se recentrer sur une activité plus lucrative. Lorsqu'il faut payer des salariés et les charges associées, les solutions sont maigres.

De notre côté, nous souhaitons encore poursuivre dans la voie du libre et continuer à animer la communauté. Nos diverses activités permettent à Octolys de s'en sortir convenablement mais pas de progresser comme nous le souhaiterions.
En revanche, nous ne pourrions pas vivre actuellement du produit Thelia. Beaucoup choisissent le libre pour minimiser les coûts et décident de s'autoformer, d'attendre l'arrivée des nouveaux modules. La bourse à contributions n'est pas utilisée aujourd'hui. Quelques euros mutualisés permettraient pourtant de développer rapidement de nouveaux modules.
Les coups de téléphone d'utilisateurs qui vous traitent pratiquement de voleur car vous ne fournissez pas de support gratuit sur un outil que nous distribuez sans frais ne sont pas rares ! J'ai d'ailleurs partagé ce constat vendredi avec un autre éditeur.

J'attire quand même l'attention sur quelques utilisateurs qui sont bien présents et nous aident depuis des années. Sans eux, je pense que nous aurions laissé tomber depuis un bon moment.

Que faire ? Fermer une partie de Thelia ? Nous ne voulons pas nous diriger vers cette solution car d'autres outils de qualité sont déjà sur ce marché avec des moyens financiers largement supérieurs aux nôtres. C'est donc une dépense d'énergie inutile qui nous ferait perdre les bons utilisateurs.

Nous allons donc probablement continuer à capitaliser sur notre expertise e-commerce et continuer à développer Thelia comme une activité non rentable. C'est notre carte de visite, l'outil que nous utilisons au quotidien pour nos partenariats, nos clients, que nous partageons avec une communauté.
Nous continuerons aussi à aider les utilisateurs dans la mesure du possible, bien entendu mais avec avec moins de motivation je crois.

Si aujourd'hui je devais lancer un nouveau projet, je ne suis pas sûr de publier sous licence GPL ni même de m'investir autant pour une communauté d'utilisateurs.
C'est bien dommage car je reste convaincu que le libre est une merveilleuse aventure. Pourtant bien trop d'utilisateurs sont centrés sur leurs besoins personnels et oublient un peu trop le partage bidirectionnel qu'offre le logiciel libre. Cette période de crise financière comme j'en ai déjà parlé dans ce billet n'arrange rien.

Ce billet n'est pas "moralisateur" et je ne crois pas être naïf. En revanche, je ne pense pas que le contexte actuel change rapidement et que les utilisateurs se mettent à participer activement au financement du libre. Si c'est le cas, je me ferai un plaisir d'écrire un nouveau billet à ce sujet.

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