Cet article est un peu plus métaphysique qu'habituellement. Mais, ne vous inquiétez pas, je vais réussir à parler du dérèglement climatique tout de même :-).
J'ai toujours les pieds sur terre et je considère la vérité scientifique comme capitale.
Ça, c'était pour vous rassurer. Toutefois, je suis toujours aussi curieux.
J'ai souhaité l'écrire après la lecture du dernier livre de Loïc Hecht que je vous invite à consulter si vous aimez ce genre de cogitations : La simulation (nouvelle fenêtre).
Personnellement, je trouve ces expériences de pensées passionnantes. Clairement, nous n'avons pas la réponse à cette question et il est difficile d'en définir la probabilité exacte. Toutefois, difficile d'exclure quoi que ce soit dans un monde où nous sommes encore loin de tout connaître sur nos origines.
Intéressantes pourquoi ? Parce que réfléchir à notre place est aussi l'occasion de penser à nos actes et aux choix que nous (au sens de l'humanité) faisons. Je pense par exemple à la recherche effrénée sur l'intelligence artificielle avec l'espérance de créer cette fameuse AGI, une intelligence artificielle ultime que nous ne serions même plus en mesure de comprendre et qui serait infiniment plus intelligente que nous (si cette création est possible, ce dont nous n'avons pas la certitude). Au risque de perdre le contrôle.
Revenons à nos moutons.
Le questionnement n'est pas nouveau. Platon, avec son allégorie de la caverne avait déjà ouvert la voie à cette vertigineuse réflexion.
Puis, la littérature avec l'excellent Phillip K. Dick. Enfin, le cinéma. Je pense à Existenz, Passé virtuel ou encore la saga Matrix. Ce sont des films qui m'ont beaucoup marqué. Le développement de l'informatique et l'évolution de la technique nous rapprochent toujours un peu plus de ce qu'on a pu lire / voir avec le genre SF (et parfois c'est même déjà fait).
Les simulations peuvent être diverses. Avec Matrix, l'humain existe mais a été asservi par les machines. Celles-ci maintiennent l'humanité dans un monde virtuel sur lequel elles ont la main. Dans Passé virtuel, une équipe de chercheurs est parvenu à créer un monde virtuel avec une population consciente d'elle-même mais sans aucune existence physique.
Et ... Parfois, on finit par se rendre compte que plusieurs simulations sont imbriquées.
Pourquoi une entité deciderait-elle de créer une simulation ?
Peut-être simplement parce qu'elle est capable de le faire. Il suffit de regarder ce qui se passe chez nous. Lorsqu'une technnologie permet de réaliser quelque chose de nouveau, nous avons la fâcheuse tendance à foncer et à regretter parfois (souvent ?) un peu plus tard. Si demain, nous étions capables de créer des mondes virtuels de ce type là, ne le ferions-nous pas ? Bon, il faudrait que l'humanité puisse tenir encore un petit moment et quand on regarde notre comportement, c'est pas gagné n'est-ce pas ?
Et si certains y été déjà parvenus ? Nous pourrions être le produit de leur création (notez bien le conditionnel).
De telles simulations pourraient avoir des visées pédagogiques ou encore techniques.
Une société avec un déréglement climatique (tiens tiens) pourrait simuler des mondes en testant des hypothèses différentes afin de pouvoir anticiper les résultats de tel ou tel choix dans un monde complet. On comprend très vite la puissance de telles simulations.
En observant les avancées actuelles (IA générative, puissance de calcul, les progrès phénoménaux dans les rendus graphiques), on peut imaginer que d'autres pourraient déjà avoir été plus loin, être parvenus à créer une conscience numérique ou d'un autre type finalement (nous avons tendance à envisager ce que nous connaissons).
Attention, je ne suis pas en train d'écrire que nous vivons dans une simulation mais que l'expérience de pensée n'est pas idiote du tout, et ce n'est pas pour rien que des scientifiques, des philosophes, des entrepreneurs de la Silicon Valley y songent.
Le livre présente certaines de ces hypothèses. Dans la Silicon Valley, souvent, un monde matériel est présupposé mais d'autres penseurs vont encore plus loin et c'est, je trouve, le point le plus intéressant du livre : l'origine de la conscience.
Les neurosciences admettent globalement que celle-ci tiens son origine dans le cerveau mais sans aujourd'hui pouvoir vraiment l'expliquer. Accrochez-vous. Certains pensent que celle-ci ne viendrait pas de notre cerveau mais qu'elle précèderait la matière. Nos cerveaux seraient le réceptacle de cette conscience universelle. On pourrait comparer la conscience à un flux vidéo TNT et notre cerveau comme le combo antenne + décodeur + TV permettant de capter de signal et de l'utiliser.
Cette conscience extérieure pourrait alors être elle-même l'origine de cette simulation qui deviendrait preque une auto-simulation.
Alors oui, ça va loin et il n'est pas forcément évident d'adhérer à cette possibilité. Ce serait bien sûr une remise en cause complète de ce qu'on connait aujourd'hui. Mais tant qu'on connait pas exactement le fonctionnement de la conscience et surtout son origine, rien n'interdit d'envisager des hypothèses diverses. Il faut bien avouer que ceci nous ouvrirait de nombreuses portes.
D'ailleurs, peu importe d'ailleurs que nous vivions dans un monde "réel" ou dans une simulation. Ceci ne changerait pas grand chose pour nous.
Il y a peu de chance que nous puissions en avoir la certitude. Oui, on aurait la réponse à quelques questions mais des milliers d'autres nouvelles prendraient leur place. D'où viendrait ce monde simulé ? Difficile vraiment d'envisager que de rien puisse naître quelque chose. Décidément, notre intellect a des limites.
Ce ne serait pas une raison non plus pour faire n'importe quoi. Détruire notre habitat, enchainer les guerres. La souffrance, qu'elle soit virtuelle ou non est bien là et nous la ressentons tous. La joie et le bonheur aussi, heureusement.
Ces thèses sont aussi utilisées par des charlatans pour profiter d'un public à la recherche de réponses. Je pense à la physique quantique dont la complexité et le vocabulaire associé sont souvent utilisés pour tenter d'embobiner.
Réfléchir oui mais en gardant l'esprit critique, c'est important.
Toutefois, malgré mon attachement à la science, à la médecine, je suis attristé parfois de voir le mépris qu'il peut y avoir lorsque certains osent s'aventurer dans des expériences de pensées qui rentrent en conflit avec les dogmes aujourd'hui admis.
N'oublions pas le passé. Des idées considérées comme farfelues, voir dangereuses ont été validées par la suite. Un peu d'ouverture d'esprit, ça ne fait pas de mal.